Article 🍃 La minute santé environnementale

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Canicules : le danger ne s’arrête pas au coucher du soleil

Co-rédigé par Dr Ioana Muller et Naomi Juska

 

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Ce qui se passe en ce moment

La nuit du 22 au 23 juin 2026 a été, selon Météo-France, la nuit la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1947, avec une température minimale moyenne nationale de 21,6 °C (le précédent record, 21,4 °C, datait du 25 juillet 2019). Le même jour, 54 départements sont placés en vigilance rouge canicule — un record — et l'épisode est associé à au moins 40 décès par noyade depuis le 18 juin. Cet article n'évoque donc pas un risque lointain : il décrit ce que vivent, cette nuit même, des millions de Français.

 

De quoi parle-t-on ?

Les nuits dites « tropicales » (avec une température supérieure à 20°C la nuit) augmentent fortement avec le changement climatique, notamment dans le Grand Est. Ce phénomène n’est pas autant discuté que les fortes chaleurs au cours de la journée. 

Un article de la revue La Météorologie projette un futur dans lequel nous pourrions vivre une forte augmentation des nuits tropicales : 97 % du territoire français métropolitain pourrait connaître des nuits où la température ne descend pas sous 20°C, et près de la moitié de la France pourrait connaître des températures nocturnes supérieures à 25°C.

Autre projection : la Figure ci-dessous indique une augmentation des nuits tropicales sur la période 2021-2050, avec une possibilité de nombre de nuits tropicales annuelles moyennes oscillant entre 8 et 18 pour la vaste majorité de l’Alsace.

Figure 1 - Nombre annuel moyen de nuits tropicales, par été, en France métropolitaine sur les périodes 1976-2005 et 2021-2050 :

Source : Météo-France, Drias 2020, scénario RCP 8.5

Et il ne s'agit plus seulement de projections : cette dynamique est déjà à l'œuvre. Une étude d'attribution du Met Office britannique montre qu'au Royaume-Uni — pays réputé pour son climat frais — la probabilité de connaître trois nuits tropicales consécutives en juillet est passée de moins de 1 % par an à l'époque préindustrielle à environ 20 % par an aujourd'hui.

 

Pourquoi les nuits chaudes sont-elles un problème pour la santé ?

Le sommeil dépend d’une baisse naturelle de la température corporelle. Quand la température de la chambre augmente, cela peut entraîner :

  • Des difficultés d’endormissement,

  • Des réveils nocturnes,

  • Une récupération moins efficace…

Un article publié dans la revue Sleep Medicine résume l'enjeu en indiquant que : « la hausse des températures induite par le changement climatique et l'urbanisation constitue une menace planétaire pour le sommeil. »

Et ces menaces sur le sommeil peuvent avoir des conséquences multiples :

  • Fatigue,

  • Irritabilité,

  • Diminution des performances cognitive,

  • Maux de tête,

  • Ou plus grave : un coup de chaleur pouvant aller jusqu’au décès.

 

Les spécialistes parlent de « charge thermique cumulative » : plus l'exposition à la chaleur se prolonge - de jour comme de nuit - plus les effets sur la santé s'aggravent. Le risque existe dès la vigilance jaune, mais il augmente fortement quand journées et nuits chaudes se répètent, car l'organisme n'a plus de répit pour récupérer.

Cette accumulation fragilise particulièrement :

  • Les personnes âgées,

  • Les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires,

  • Les personnes sous certains traitements qui altèrent l'adaptation à la chaleur.

Contrairement à une idée reçue, le corps ne s'habitue pas à la chaleur au fil de l'été, mais les épisodes successifs peuvent au contraire l'affaiblir progressivement.

 

Le coup de chaleur : une urgence médicale

Appelez le 15 (SAMU) sans attendre si une personne présente une température corporelle très élevée, une confusion ou une perte de connaissance, une peau chaude, rouge et sèche (qui ne transpire plus), ou des maux de tête violents et des nausées persistantes.

En attendant les secours : installez la personne à l'ombre ou dans un endroit frais, faites-la boire si elle est consciente, aspergez-la d'eau fraîche et ventilez-la.

SANTÉ : Les conseils pour éviter le coup de chaleur d'exercice en sport

 

Quelles solutions ?

Les conseils « classiques » en période de forte chaleur restent essentiels : boire régulièrement, éviter les efforts physiques intenses aux heures les plus chaudes, éviter l’alcool, surveiller les personnes fragiles de son entourage. Cependant, face aux nuits tropicales, l’enjeu principal est surtout de limiter l’accumulation de chaleur dans le logement afin de permettre au corps de récupérer pendant la nuit.

 

Pendant la journée - bloquer la chaleur avant qu'elle n'entre :

  • Fermez volets et fenêtres dès que le soleil tape,

  • En l'absence de volets : des films solaires posés sur les vitres, des housses de pare-brise réfléchissantes, ou du blanc de Meudon appliqué côté extérieur de la fenêtre sont efficaces,

  • Evitez de produire de la chaleur à l'intérieur : limitez four, sèche-linge et appareils électroniques qui chauffent.

     

Le soir et la nuit - évacuer la chaleur accumulée :

  • Ouvrez les fenêtres dès que l'air extérieur redevient plus frais que l'air intérieur,

  • Créez des courants d'air traversants entre deux pièces si possible,

  • Un ventilateur peut aider à faire circuler l'air et favoriser l'évaporation de la sueur, mais au-delà de 35 °C environ, il ne fait que brasser de l'air chaud et perd son effet rafraîchissant.

 

Nous ne pouvons cependant pas nous limiter à des actions individuelles. En effet, il est urgent que les pouvoirs publics mettent en priorité cette question d’adaptation de nos territoires face aux canicules.

On peut citer :

  • La végétalisation des villes*, qui apporte de l’ombre, permet l’évapotranspiration, et une baisse locale des températures (par exemple, les arbres sont des « climatiseurs » naturels),

  • L’adaptation des bâtiments (et en priorité les écoles, hôpitaux, EHPADs…) pour une meilleure isolation de ceux-ci,

  • Sans oublier des mesures concrètes contre le réchauffement climatique, racine de cette problématique.

 

* En milieu urbain, la chaleur emmagasinée le jour par le bitume et le béton est restituée la nuit (effet d'îlot de chaleur urbain), ce qui empêche les bâtiments de se refroidir et alimente en retour la demande de climatisation. Des études montrent que des températures nocturnes élevées sont associées à une hausse de la mortalité, en particulier chez les personnes âgées et celles déjà fragilisées.

 

Ressources utiles :

  • Canicule info service (numéro vert, gratuit) : 0 800 06 66 66

  • En cas d'urgence vitale : 15 (SAMU) ou 112

  • Suivre les vigilances en temps réel : vigilance.meteofrance.fr 

  • Conseils détaillés pour rafraîchir son logement : vivre-avec-la-chaleur.fr

 

 

Sources :